Elle a longtemps vécu avec la peur de perdre ceux qu’elle aimait. Dans la cinquième saison de FAuDA, c’est son propre destin qui nous bouleverse.

Elle est sublime. Son magnifique sourire illumine FAUDA depuis la troisième saison.Dafi Shoshana Alpern y interprète Hagit, l’épouse d’Avihai, le tireur d’élite de l’unité. Après la mort de son mari, Hagit doit affronter le deuil et tenter de reconstruire sa vie auprès d’Eli, interprété par Yaakov Zada-Daniel.
Dans une série rythmée par les opérations et le danger, Hagit nous montre ce que vivent les familles : l’attente, la peur, puis la nécessité de continuer à vivre. La cinquième saison la place au cœur d’une histoire liée aux événements du 7 octobre. Dafi Shoshana Alpern y incarne une mère qui cherche à protéger et à rassurer ses enfants dans des circonstances terrifiantes.
Pour Cinerama Boulevard, elle revient sur les trois saisons passées avec Hagit, sur son travail avec Yaakov Zada-Daniel et sur ce que ce rôle a exigé d’elle. Elle évoque également les personnages et les projets créatifs qu’elle aimerait désormais explorer.
Je n’aurais jamais pu imaginer une telle réalité dans mon propre pays. Je n’avais jamais imaginé le 7 octobre, pas même dans mes pires cauchemars. Je ne pouvais donc évidemment pas imaginer que Hagit se retrouverait dans une situation aussi tragique.
Lorsque vous avez découvert Hagit dans la troisième saison de FAuDA, imaginiez-vous que ce personnage traverserait une histoire aussi longue, aussi intense et aussi tragique ?

Je n’aurais jamais pu imaginer une telle réalité dans mon propre pays. Je n’avais jamais imaginé le 7 octobre, pas même dans mes pires cauchemars. Je ne pouvais donc évidemment pas imaginer que Hagit se retrouverait dans une situation aussi tragique.
En même temps, son histoire aurait très bien pu s’arrêter avec Avihai après la troisième saison. Les créateurs ont choisi de la conserver dans le récit au cours des quatrième et cinquième saisons, et je leur en suis vraiment reconnaissante. Je mesure la chance que j’ai eue de pouvoir accompagner ce personnage aussi longtemps et de découvrir jusqu’où son parcours la conduirait.
Yaakov et moi nous connaissions déjà avant de devoir interpréter un couple. Il nous a donc été très facile de trouver cette proximité.
Hagit et Eli sont deux personnages profondément marqués par les épreuves et les pertes. Comment avez-vous construit cette relation avec Yaakov Zada Daniel, et comment décririez-vous votre complicité à l’écran ?
Yaakov et moi nous connaissions déjà avant de devoir interpréter un couple. Il nous a donc été très facile de trouver cette proximité. Avant le tournage de la quatrième saison, nous nous sommes retrouvés chez moi pour parler de leur relation et essayer de comprendre comment ce lien avait pu naître après la mort d’Avihai, puisque cette partie de l’histoire s’est déroulée hors écran.
Interpréter sa compagne m’a semblé très naturel. Je crois que nous étions tous les deux très à l’aise et qu’il n’y a jamais eu la moindre gêne entre nous. Il existe beaucoup de confiance et de respect mutuel entre nous, mais surtout beaucoup d’humour. Yaakov est quelqu’un de très drôle, et je ne suis pas mal non plus.
Que s’est-il passé en vous lorsque vous avez découvert ce que les auteurs avaient réservé à Hagit dans la cinquième saison ?
Avi Issacharoff m’a appelée pour me raconter ce qu’ils avaient prévu pour Hagit cette saison-là, et ma réaction immédiate a été très physique. Je me suis sentie nauséeuse et submergée, et honnêtement, je ne savais pas vraiment quoi répondre. Moins d’un an s’était écoulé depuis le 7 octobre et je n’avais, en plus, le droit d’en parler à personne.
Je me souviens qu’après cet appel, je me suis allongée sur mon lit. Parallèlement à ce poids, j’ai commencé à ressentir un véritable enthousiasme. J’ai compris que cela allait être quelque chose d’important, quelque chose de profondément chargé de sens, et j’ai ressenti une immense responsabilité.
À ce moment-là, tout ce que je pouvais faire était d’espérer que nous le ferions bien, que cela fonctionnerait et, surtout, que nous ne blesserions personne au cours du processus.
Comment une actrice se prépare-t-elle à interpréter une histoire inspirée d’un traumatisme aussi récent et réel ? Comment avez-vous trouvé la juste distance entre la nécessité de témoigner et le risque de transformer la souffrance en spectacle ?
Il est presque impossible de véritablement se préparer à quelque chose comme cela. Je n’ai parlé à personne qui avait réellement vécu ces événements, car je sentais qu’en tant qu’Israélienne, même si je ne les avais heureusement pas vécus moi-même, je pouvais suffisamment comprendre cette réalité pour entrer émotionnellement dans cette situation.
Ce qui comptait pour moi, c’était de ne pas interpréter Hagit comme une victime. Je voulais qu’elle fasse tout ce qui était en son pouvoir pour sauver ses enfants et se sauver elle-même.
Je n’ai pas non plus cessé de penser à l’état d’esprit du 6 octobre. Aucun Israélien n’imaginait que quelque chose de semblable puisse se produire. Hagit attend constamment que quelqu’un entre et vienne la sauver : l’armée, la police, n’importe qui. Elle ignore également que l’ensemble de son kibboutz est en train de subir la même chose. Il était donc important pour moi de maintenir cet espoir à chaque instant.
Pour rester sincère et respectueuse, j’ai simplement essayé d’entrer dans cette situation avec autant d’honnêteté et d’authenticité que possible, sans chercher à la rendre plus dramatique qu’elle ne l’était déjà.
Dans ces épisodes, Hagit est avant tout une mère qui tente de protéger et de rassurer ses enfants. Qu’avez-vous voulu transmettre à travers sa peur, sa force et son courage ?
Je ne suis pas certaine d’avoir consciemment cherché à montrer une mère protégeant ses enfants. Il s’agissait plutôt de me connecter à mon propre instinct maternel : ce besoin fondamental de protéger ses enfants à n’importe quel prix, de les mettre en sécurité et de faire tout son possible pour leur épargner la souffrance.
C’est ce sentiment que j’ai essayé d’interpreter . Non sur la base d’une force ou de courage, mais de quelque chose de beaucoup plus instinctif.
Après avoir accompagné Hagit pendant trois saisons, comment avez-vous vécu le moment de lui dire adieu ? Que souhaiteriez-vous que le public international comprenne en découvrant son histoire, et qu’est-ce que ce personnage laissera en vous, comme actrice mais aussi comme femme ?
Bien sûr, je suis triste de dire adieu à Hagit et à FAUDA. Mais en même temps, je ne pourrais pas imaginer une manière plus forte et plus porteuse de sens de lui dire au revoir. Si c’était le prix à payer pour que ces épisodes aient l’impact qu’ils ont eu dans le monde entier, alors cela en valait la peine.
D’une certaine manière, Hagit est devenue la voix de femmes qui ne pouvaient plus parler pour elles-mêmes. Beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles le 7 octobre ont ensuite été brutalement assassinées. Et parmi les femmes qui ont survécu en Israël, aucune n’a témoigné publiquement de ce qui lui était arrivé, à l’exception des otages libérées.
J’espère qu’à travers l’histoire d’Eli, d’Hagit et des enfants, mais aussi à travers les autres personnages de FAUDA, le public international pourra comprendre une partie de ce qui s’est passé ici le 7 octobre. Et comprendre également que ce qu’il voit dans ces épisodes ne représente même pas une infime partie des atrocités commises ce jour-là.
Votre parcours ne se limite pas à FAUDA : vous avez travaillé au théâtre, au cinéma, dans la comédie musicale et le doublage, tout en développant des activités autour de la création de contenu et du storytelling. Comment ces différentes expériences nourrissent-elles aujourd’hui votre travail d’actrice ? Après un rôle aussi intense que celui d’Hagit, quels personnages, quels projets ou quels nouveaux horizons aimeriez-vous désormais explorer ?
Je pense que toutes les expériences que j’ai vécues au théâtre, au cinéma, dans le doublage, la création de contenu et le storytelling m’ont fourni beaucoup d’outils pour comprendre une histoire sous différents angles. Je ne sépare pas véritablement mon travail d’actrice du reste de mon travail créatif. Pour moi, tout revient toujours aux êtres humains, aux personnages et à la manière dont une histoire est racontée.
Après un rôle aussi intense que celui d’Hagit, j’aimerais sincèrement faire un peu de comédie. En tant que créatrice, je développe également plusieurs projets documentaires autour de thématiques similaires que j’ai très envie d’explorer.
Dès sa première apparition dans FAUDA, Dafi Shoshana Alpern a apporté à Hagit une lumière qui ne résidait pas seulement dans l’éclat de son sourire. Elle se trouvait dans sa douceur, dans sa résilience et dans sa capacité à continuer à vivre après la per
Dans la cinquième saison, tandis que les ténèbres se referment autour d’Hagit, cette lumière devient plus visible que jamais. Non parce que le personnage est transformé en héroïne, mais parce que Dafi préserve son humanité au moment même où tout menace de l’effacer.
C’est là toute la puissance de son interprétation. Elle ne nous demande pas d’admirer Hagit de loin: elle nous oblige à la voir. Derrière la violence, il y a une femme. Une mère. Une vie. Et en refusant de laisser l’horreur avoir le dernier mot, Dafi donne à Hagit sa vérité la plus durable.
Hagit quitte FAUDA. La lumière que Dafi lui a donnée, elle, ne disparaît pas. Elle appartient autant à l’actrice qu’à son personnage et c’est cette lumière que Cinerama Boulevard continuera de suivre.
Sandrine Aloa-Mani





