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ALI ALI, UN NOUVEAU VISAGE DANS LA 5EME SAISON DE FAUDA

Dans la cinquième saison de FAUDA, Ali Ali incarne le redoutable Abu Zahar. L’acteur arabe israélien évoque son parcours, la responsabilité liée à ce rôle et son intense face-à-face avec Yaakov Zada-Daniel.

by redazione
Ali Ali

Ali Ali est l’un des nouveaux visages de la cinquième saison de FAUDA. Il y incarne Abu Zahar, un personnage sombre et menaçant. Pour Cinerama Boulevard, l’acteur revient sur son parcours artistique, commencé dans la rue, ainsi que sur les différentes expériences qui ont construit son métier. Il évoque également les raisons qui l’ont conduit à accepter ce rôle, sa responsabilité d’acteur dans une saison profondément marquée par le 7 octobre et son face-à-face avec Yaakov Zada-Daniel.

Avant le cinéma et la télévision, votre parcours artistique a commencé dans la rue. Vous avez ensuite pratiqué le jonglage professionnel, avant d’étudier le jeu et la mise en scène. Comment ce parcours a-t-il commencé ?

Mon parcours artistique a effectivement commencé dans la rue. C’est là que j’ai appris pour la première fois ce que signifiait se tenir devant un public, capter son attention et créer avec lui un lien authentique. Dans la rue, il n’y a ni écran ni distance pour vous protéger. En quelques secondes, vous savez si le public vous suit ou non.

J’ai ensuite poursuivi mon chemin dans l’univers du jonglage professionnel, avant d’étudier le jeu et la mise en scène. Le théâtre est devenu pour moi une maison, puis l’enseignement s’est naturellement inscrit dans mon parcours. Le cinéma et la télévision sont arrivés plus tard, mais chacune de ces étapes demeure en moi et m’accompagne dans tous les rôles que j’interprète.

Je ne considère pas ce parcours comme le fruit du hasard. Chaque étape m’a préparé à la suivante. La rue m’a appris la présence, le jonglage la discipline et la concentration, le théâtre l’exploration approfondie d’un personnage et le cinéma, enfin, la manière d’exprimer tout un monde intérieur dans un instant bref et silencieux.

« La rue m’a appris la présence, le jonglage la discipline et la concentration, le théâtre l’exploration approfondie d’un personnage. »

Au-delà de la maîtrise technique, que vous a apporté le jonglage, professionnellement et humainement ? Avez-vous déjà rêvé de travailler dans un cirque ?

Le jonglage m’a apporté bien davantage qu’une compétence technique. Il m’a appris la patience, la persévérance, la maîtrise du corps et, surtout, la manière d’accepter l’échec. Lorsque vous apprenez une nouvelle figure, la balle tombe encore et encore. Vous la ramassez et vous recommencez jusqu’à réussir.

Cette façon de penser m’a accompagné tout au long de ma carrière d’acteur. J’ai appris à ne pas avoir peur du refus, à ne pas renoncer et à continuer de travailler.

Sur le plan professionnel, le jonglage a renforcé ma coordination, mon sens du rythme, ma concentration et ma conscience corporelle. Ce sont des outils extrêmement précieux pour un acteur.

L’univers du cirque m’a toujours fasciné et attiré. Mais plutôt que de rêver d’un cirque en particulier, je rêvais surtout de me tenir devant des gens, de les surprendre et de leur faire ressentir quelque chose. D’une certaine manière, ce rêve se réalise chaque fois que je monte sur scène ou que je me retrouve devant une caméra.

Qu’est-ce que le théâtre vous apporte que la télévision ne peut pas vous donner ? Et comme professeur d’art dramatique, que cherchez-vous à transmettre à vos élèves?

Au théâtre, tout se passe ici et maintenant. Il est impossible de s’arrêter, de tourner une nouvelle prise ou de corriger quelque chose au montage. Chaque représentation crée une rencontre unique entre les acteurs et le public. L’énergie des spectateurs influence directement ce qui se déroule sur scène. C’est une expérience incroyablement puissante et vivante.

Le cinéma et la télévision permettent une autre forme d’intimité. La caméra peut saisir un regard presque imperceptible, un souffle ou une pensée qui traverse le visage d’un acteur. J’aime ces deux univers. Chacun exige de l’acteur une forme de vérité différente.

En tant que professeur d’art dramatique, il est important pour moi d’enseigner bien davantage que le jeu. J’essaie de transmettre à mes élèves la confiance, la capacité d’écouter, la discipline, le travail en équipe et la liberté d’exprimer leurs émotions et leurs idées.

Je leur apprends qu’il n’est pas nécessaire d’être la personne la plus bruyante dans une pièce pour y imposer sa présence. Je veux également qu’ils comprennent que la réussite ne consiste pas uniquement à devenir célèbre. Elle consiste à être sincère, à travailler sérieusement et à respecter les personnes avec lesquelles on partage la scène.

« Il n’est pas nécessaire d’être la personne la plus bruyante dans une pièce pour y imposer sa présence. »

Vous avez initialement auditionné pour le rôle de Salem dans FAUDA, mais la production vous a finalement proposé celui, beaucoup plus sombre, d’Abu Zahar. Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter ce personnage ?

C’est exact. J’ai d’abord auditionné pour le rôle de Salem, puis celui d’Abu Zahar m’a été proposé. Au départ, j’ai hésité. Lorsqu’on est un acteur arabe, il existe toujours une crainte d’être enfermé dans une catégorie et de se voir continuellement proposer les mêmes rôles, comme ceux du terroriste ou du méchant. Un acteur souhaite pouvoir montrer toute l’étendue de ses capacités et ne pas rester prisonnier d’un seul type de personnage.

Ce qui m’a convaincu, c’est le défi professionnel. Abu Zahar est un personnage sombre et menaçant, mais ma responsabilité d’acteur n’est pas de le juger. Elle consiste à comprendre sa manière de penser, ce qui le motive et ce qui le conduit à agir ainsi. J’ai cherché l’être humain qui existe en lui, sans pour autant justifier ses actes.

J’ai également compris qu’il s’agissait d’un rôle important dans une saison majeure d’une série suivie par un très large public international. J’ai décidé de ne pas avoir peur de ce personnage, mais d’utiliser cette occasion pour montrer mes capacités d’acteur.

Il arrive que le personnage le plus éloigné de ce que vous êtes dans la vie vous permette d’atteindre des territoires artistiques entièrement nouveaux.

J’ai cherché l’être humain qui existe en lui, sans pour autant justifier ses actes.

Cette cinquième saison est directement liée au traumatisme du 7 octobre. En tant qu’acteur arabe israélien, avez-vous ressenti une responsabilité particulière en interprétant Abu Zahar ?

J’ai effectivement ressenti une très grande responsabilité. Cette saison a été créée au cœur d’une réalité extrêmement douloureuse et sensible, à une époque où beaucoup de personnes vivent encore avec ce traumatisme et ses conséquences.

En tant qu’acteur arabe vivant ici et connaissant intimement la langue, la culture et toute la complexité de cette réalité, je savais que chaque détail du personnage pouvait être porteur d’une signification plus profonde.

Ma responsabilité était avant tout professionnelle. Je devais interpréter ce personnage avec justesse, sans en faire une caricature et sans chercher à atténuer le mal qui existe en lui. Je voulais que le public puisse voir un être humain complexe, même si ses actes sont cruels et difficiles à affronter.

Je ne pense pas que l’art ait toujours vocation à apporter des réponses ou à nous rassurer. Il doit parfois nous confronter à une réalité difficile et soulever des questions. Dans une période aussi sensible, il était important pour moi d’aborder ce travail avec respect, sérieux et humanité.

« L’art n’a pas toujours vocation à apporter des réponses ou à nous rassurer. Il doit parfois nous confronter à une réalité difficile et soulever des questions. »

Que pouvez-vous nous dire de votre travail avec Yaakov Zada-Daniel et de la construction du face-à-face entre Abu Zahar et Eli ?

ALI ALI ET YAAKOV ZADA-DANIEL

Travailler avec Yaakov Zada-Daniel a été une expérience professionnelle très forte. C’est un acteur généreux, précis et profondément présent. Lorsque vous jouez face à quelqu’un comme lui, il vous pousse à élever votre propre niveau.

Nous avons développé entre nous une véritable confiance et une grande qualité d’écoute. Elles étaient indispensables pour construire la tension entre nos deux personnages.

Dans la confrontation entre Abu Zahar et Eli, nous ne voulions pas nous appuyer uniquement sur la force physique ou sur les menaces extérieures. Il était important de créer un affrontement psychologique : qui contrôle la situation, qui parvient à dissimuler sa peur et qui réussit à atteindre le point de vulnérabilité de l’autre ?

À mes yeux, les silences, les regards et le rythme de la scène ont créé une grande partie de sa puissance.

Derrière la caméra, notre relation était évidemment très différente. Il y avait entre nous un respect mutuel, une bonne communication et le désir partagé de créer une scène forte et convaincante.

Yaakov Zada-Daniel est un acteur généreux, précis et profondément présent. Lorsque vous jouez face à quelqu’un comme lui, il vous pousse à élever votre propre niveau

Qu’espérez-vous que ce rôle change ou rende possible dans votre carrière ? Et quels personnages aimeriez-vous maintenant avoir l’occasion d’interpréter ?

J’espère que le rôle d’Abu Zahar me permettra de toucher un public plus large et qu’il m’ouvrira des portes au-delà des frontières du pays. FAUDA possède une audience internationale. C’est donc pour moi l’occasion de faire découvrir mon travail à des créateurs, des réalisateurs et des directeurs de casting du monde entier.

Mais ce qui compte le plus pour moi, c’est que le milieu professionnel puisse me considérer comme un acteur polyvalent et pas uniquement comme ce personnage. J’aimerais interpréter des personnages complexes de toutes sortes : un père, un professeur, un homme drôle, une personne sensible, un héros ou simplement un homme ordinaire confronté aux difficultés de la vie.

J’aimerais également continuer à jouer des personnages dramatiques et plus sombres lorsqu’ils possèdent une véritable profondeur.

J’aime autant le drame que la comédie et je souhaite poursuivre mon travail au cinéma, à la télévision et au théâtre. Mon rêve est que l’on me propose des rôles capables de me surprendre, de m’effrayer un peu et de m’obliger à découvrir de nouvelles facettes de moi-même.

À mes yeux, un véritable acteur doit avoir la liberté de pouvoir tout devenir.

Cette cinquième saison de FAUDA s’inscrit dans une réalité encore douloureuse, que la fiction ne peut ni simplifier ni résoudre. Les mots d’Ali Ali témoignent du sérieux avec lequel il a abordé Abu Zahar : sans atténuer la violence du personnage ni justifier ses actes, mais en refusant d’en faire une simple caricature.

Pour Cinerama Boulevard, ce fut un véritable bonheur d’interviewer un acteur aussi lumineux, généreux et sincère. Derrière la noirceur d’Abu Zahar se révèle un homme au merveilleux sourire, un sourire que son personnage ne nous permet pas souvent d’apercevoir, mais qui, nous en sommes certains, lui ouvrira encore beaucoup de portes.

Le succès et la visibilité internationale de FAUDA devraient désormais permettre au public, mais aussi aux réalisateurs et aux directeurs de casting du monde entier, de découvrir toute l’étendue de son talent.

Sandrine Aloa-Mani

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