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Marc Barbé : Dans la peau de Louis Lépine

Une interprétation remarquable de Marc Barbé dans le rôle du préfet Louis Lépine au cœur de la Troisième République

by redazione

Il y a des figures historiques que l’on croit connaître sans jamais vraiment les avoir regardées. Louis Lépine en fait partie

Marc Barbé dans le rôle du Prefet Lepine serie 1910 Canal Plus

Un nom associé à un concours, presque passé dans le langage courant, mais dont la réalité celle d’un préfet de police au cœur des tensions politiques de la Troisième République française reste largement méconnue.

À travers lui, Lépine redevient une figure vivante : celle d’un homme de devoir, stratège, mais aussi progressivement gagné par le doute

Vous reprenez le rôle du préfet Lépine pour la troisième fois dans 1910 (du 27 avril sur Canal Plus).Qu’est-ce qui vous surprend le plus chez lui ? Et qu’est-ce qui vous touche particulièrement ?

Ce qui m’a surpris c’est qu’on ne connaît Lépine que pour le concours. Alors que ça a été un grand préfet. Il occupait un poste extrêmement important, et il est resté quinze ans en fonction. C’est un pur produit de l’administration française. Il a fait toute sa carrière dans la fonction publique, avec un parcours très droit, très structuré. Ce sont des figures qu’on ne voit plus aujourd’hui. Il a aussi été un personnage très populaire. À Saint-Étienne, lors d’un coup de grisou dans une mine, il est descendu avec les premiers secours. Sa photo a circulé partout, et ça en a fait une sorte de héros.

C’était quelqu’un de très habile. À la fois très droit et très stratège. Il savait utiliser la presse, comprendre les rapports de force. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on l’a appelé à Paris. Ce qui est touchant aussi, c’est la manière dont est racontée sa relation avec sa femme. Elle venait d’un milieu bourgeois, elle était plutôt éclairée, presque féministe. Et lui, très austère, très rigide… mais avec, dans l’intime, une forme de tolérance. Ce contraste est assez émouvant.

Lorsqu’on vous observe en dehors de l’écran, on retrouve cette même forme de retenue, de mystère, presque de distance, que possède votre personnage Louis Lépine. Avez-vous le sentiment de lui avoir transmis certains traits de votre personnalité ? Et selon vous, quelles sont les qualités profondes qui le définissent ?

Je pense que c’est une fatalité, dans le bon sens du terme. Les personnages qu’on incarne sont fabriqués avec ce qu’on est.Même quand on compose, on ne peut pas complètement se transformer. On a un corps, une manière d’être, une présence… et ça traverse les personnages. Ce n’est pas quelque chose de conscient.

Tous les acteurs ont ça. On peut en avoir conscience, mais on ne peut pas s’en défaire totalement. Lépine, c’est quelqu’un de très droit, mais aussi très malin. Il ne se dévoile pas immédiatement. Il observe, il attend, et il agit au moment où il le décide. Il est capable de ne pas prendre position publiquement, tout en étant très actif en coulisses. C’est quelqu’un qui a des principes, mais qui reste un stratège.

Les costumes, la posture, la voix… quels ont été les éléments essentiels pour construire votre interprétation du préfet Lépine ?

Les éléments physiques sont très importants. Les costumes, déjà, sont très ajustés, donc ils imposent un maintien, une posture.Il y a aussi le postiche, cette barbe, qui transforme immédiatement le visage. Et puis la voix : je l’ai travaillée pour la vieillir, la casser un peu, la rendre plus rugueuse, plus contenue. Après, les choses se construisent dans les scènes, avec les partenaires, avec le metteur en scène. Mais il y a déjà un cadre qui impose une manière d’être, de marcher, de se tenir.

Vous retrouvez ce personnage pour une troisième saison. Qu’est-ce qui a évolué dans votre manière de l’incarner ?

Ce qui évolue, c’est surtout l’écriture. Le personnage devient de plus en plus désabusé. Il doute. Il reste un serviteur de la République, mais il commence à voir les limites du système. Il y a une forme de fatigue qui s’installe. Il vieillit. Et puis il y a la perte de sa femme, qui est quelque chose de très important pour lui.Dans la troisième saison, il va encore plus loin dans cette lucidité. Il comprend que l’appareil d’État est, en partie, corrompu. Et ça crée une fissure.

Votre regard sur lui a-t-il changé avec le temps ?

Ce n’est pas vraiment un regard extérieur. On évolue avec l’écriture, avec les situations. Mais oui, il y a une forme de fracture qui apparaît. Pas seulement chez lui, d’ailleurs. Tous les personnages se fissurent.Les alliances changent, les repères deviennent flous. Et lui, comme il incarne l’appareil, il porte aussi cette fissure. En incarnant Louis Lépine, En incarnant Louis Lépine, Marc Barbé redonne ses lettres de noblesse au préfet, dans une interprétation portée avec une justesse remarquable.

Il ne cherche jamais à en imposer la stature.Il la laisse apparaître, dans la retenue, dans le silence, dans cette manière très singulière de ne jamais forcer le trait. Derrière l’homme d’ordre, il fait émerger un homme plus fragile, traversé par le doute, par la fatigue, par une lucidité qui fissure peu à peu les certitudes.

Tout se joue dans l’infime.Dans un regard.Dans une présence.Et c’est peut-être là que réside la force de son interprétation : dans cette capacité à faire exister Louis Lépine non pas comme une figure figée de l’histoire,mais comme un homme vivant, complexe, profondément humain.

Sandrine Aloa-Mani

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