Présenté en avant-première mondiale à la Mostra internationale de Venise 2025, le film marque une étape décisive dans la carrière de Dwayne Johnson. L’émotion qu’il avait laissée transparaître lors de la conférence de presse annonçait déjà sa mue artistique : le passage de l’icône populaire musclée au grand cœur, habituée aux productions familiales, à un acteur pleinement incarné, mature, qui choisit désormais de privilégier la psychologie du personnage à la force des muscles. Il a d’ailleurs perdu 17 kilos depuis ce rôle. Venise est devenue ainsi le lieu symbolique de sa renaissance artistique.
Le rôle d’une vie
Sous la direction de Benny Safdie — qui signe ici un geste d’auteur total, scénariste, réalisateur, coproducteur et monteur — Johnson se réinvente. Il prête son corps monumental, si familier des blockbusters, à un rôle où tout se joue dans la tête, dans le doute, dans la fragilité. Dans ce contre-emploi saisissant, le regard en dit plus que les muscles, les silences résonnent davantage que les coups. Kerr n’est plus un titan du ring, mais un homme fissuré, hanté par ses addictions, prisonnier d’une gloire trop lourde à porter.
Une mise en scène intérieure
Avec The Smashing Machine, Safdie s’éloigne du biopic sportif conventionnel. Ici, pas de crescendo vers une victoire attendue, mais un mouvement intérieur, sombre, mélancolique. La caméra capte la sueur, les silences, les gestes cassés. La bande sonore souligne moins l’adrénaline que l’abîme intime. Fidèle à leur esthétique nerveuse, les frères Safdie (Benny, ici seul à la réalisation) signent un film brut, mais traversé par une élégance crépusculaire et lumineuse aussi.
La victoire du renoncement
Là où d’autres récits glorifient la puissance, The Smashing Machine choisit de raconter la grandeur d’un renoncement. Ce n’est plus le triomphe du corps qui importe, mais la vérité d’un homme qui accepte de se briser. Et c’est sans doute dans ce choix que réside la beauté du film : Johnson, fidèle à l’humanité qui lui est reconnue depuis toujours, parvient à transformer sa force en fragilité.
En quittant la salle, ce n’est pas la violence des combats que l’on retient, mais la gravité d’un silence. Avec The Smashing Machine, Dwayne Johnson livre peut-être son rôle le plus bouleversant : celui d’un colosse qui ose enfin tomber le masque, pour devenir simplement humain.
En salle le 29 Octobre
Redaction Cinerama Boulevard

