Quand l’écriture redonne du relief au mythe

Lors de la sortie du livre de Stéphanie Des Horts en mars 2024, je n’avais pas pris le temps d’écrire ce que j’en pensais. Puis, il y a quelques mois, lorsque les premières images de la série Love Story – John F. Kennedy Jr & Carolyn Bessette ont commencé à circuler au sujet de sa mise en ligne sur la plateforme Disney Plus, mon intuition ne m’annonçait rien de positif et j’ai été tentée d’écrire sur le livre à ce moment-là aussi. Mais,finalement, je n’en fis rien. Aujourd’hui, je le fais.C’est même le meilleur moment pour le faire. Car la fiction proposée par Disney Plus ne peut que valoriser encore davantage la force de ce livre.
Une matière déjà saturée d’images
Raconter John F. Kennedy Jr et Carolyn Bessette-Kennedy n’est pas un exercice neutre. Leur histoire est déjà inscrite dans la mémoire collective : photographies iconiques, couvertures de magazines, archives télévisées, et bien sûr la tragédie finale. La Nouvelle-Angleterre et ses cottages gris perle, les phares rouge et blanc, les pulls torsadés, les silhouettes impeccables : tout concourt à installer une mythologie nord-américaine immédiatement reconnaissable. Écrire sur eux, c’est entrer dans un imaginaire déjà constitué.La difficulté est donc de ne pas affadir.
La vision des trois premiers épisodes de Love Story m’a précisément donné envie de parler de ce livre que j’ai beaucoup aimé. Car là où la série m’a semblé très superficielle, le livre de Stéphanie Des Horts propose tout autre chose. Il est riche de détails et attentif aux faits. Tous ceux qui se passionnent pour cette histoire devraient le lire. Pour revivre le mythe, mais aussi pour mieux en comprendre la vérité.
Une écriture vivante
Ce qui est particulièrement plaisant dans le livre de Stéphanie Des Horts, c’est la vitalité du récit.Le texte n’est jamais figé : il prend vie sous nos yeux. Comme avec les chansons d Aznavour ou à travers les mots les images défilent.On ne lit pas seulement des phrases, on voit des scènes. Cette capacité qu’a l’autrice à faire surgir des images confère au livre une véritable dimension cinématographique.
Le récit restitue l’atmosphère des années 1990 le glamour, le chic, les excès d’une New York électrique sans jamais réduire l’époque à un simple décor. L’environnement existe, mais il ne prend jamais le pas sur les êtres.
Restituer les personnalités et redonner du relief
L’un des aspects les plus réussis du livre tient à la restitution des tempéraments. Carolyn retrouve sa force, son énergie, sa singularité. John conserve sa complexité, son charme, ses tensions intérieures. Le récit ne les réduit ni à des icônes figées, ni à des figures tragiques simplifiées. Il leur rend leur épaisseur humaine.
Il ne se contente pas d’entretenir l’image d’un couple béni des dieux. Il explore aussi la fragilité d’un conte de fées qui se fissure, les tensions, les failles, les contradictions sans jamais céder au sensationnalisme.Cette justesse produit un effet très particulier : à mesure que l’on avance dans la lecture, un film intérieur se déploie.
On ne lit pas seulement des faits, on accompagne des êtres. Le livre ne dramatise pas davantage.Il incarne.Là où certaines représentations visuelles peuvent aplatir en cherchant à illustrer, la littérature, ici, redonne du relief en laissant le lecteur construire sa propre image.
Carolyn et John n’est pas seulement un récit biographique.
C’est une expérience de lecture qui redonne chair à deux figures que l’on croyait déjà entièrement connues. En refermant ce livre on garde en mémoire une présence. La littérature, ici, ne fabrique pas un mythe : elle lui redonne sa profondeur.
CAROLYN ET JOHN de Stéphanie DES HORTS aux editions Albin Michel
Sandrine Aloa-Mani
