
Le film s’ouvre sur une image connue : Bardot, blonde, presque immobile, filmée comme une apparition.
Puis, très vite, les réalisateurs fissurent l’icône pour revenir au vif : une femme qui ne voulait appartenir à personne, pas même au cinéma qui l’a consacrée.
Son visage et sa silhouette ont traversé les décennies avec cette aura qu’aucun scandale n’est parvenu à effacer. Dans BARDOT, le documentaire signé Elora Thevenet et Alain Berliner,on suit une vie intense et libre habitée par une solitude tenace. Rien de véritablement nouveau, diront certains : tout semble avoir déjà été dit, analysé, commenté au sujet de cette femme devenue mythe.
Cependant plus contemporain que l’imagerie habituelle associée à Bardot
Et c’est toujours un bonheur absolu de la revoir, de l’écouter, même lorsque l’on connaît son parcours par cœur.
Jamais on ne se lasse de sa beauté elle est immortelle, ni de son combat exemplaire pour les animaux, un combat qui aura profondément fait avancer la cause dans le monde entier.
Une réserve toutefois : des témoignages trop nombreux et peu pertinents
Si le film captive grâce à la seule présence de l’icône, il pâtit néanmoins d’un choix discutable : l’intégration de témoignages dont on aurait pu largement se passer.
Certains intervenants diluent plutôt qu’ils n’éclairent la figure de Bardot, et l’alternance incohérente entre témoignages en anglais et en français surprend parfois même gêne.
Paradoxalement, cette partie affaiblit le documentaire : BB se suffit à elle-même.
Il aurait sans doute fallu un choix plus fin, plus resserré, plus cohérent.
La femme derrière l’icône
Le documentaire révèle une Bardot qui échappe au statut de légende figée : muse sacrifiée, rebelle involontaire, femme-enfant que le monde a désirée davantage qu’il ne l’a écoutée.
La Madrague, refuge mythique, devient presque un personnage, un lieu où elle tente de se défaire du poids de son propre mythe, de retrouver une peau, une respiration.
Un refuge qui, malgré elle, deviendra l’anticipation d’une télé-réalité avant l’heure : caméras, téléobjectifs, journalistes prêts à capturer chacune de ses apparitions, au prix de son intimité la plus élémentaire.
L’héritage Bardot
BARDOT interroge aussi sue ce que son héritage dit de nous.
Dans une époque obsédée par l’image, la célébrité, la surexposition, le mythe Bardot agit comme un miroir contemporain.
Elle qui voulait simplement « vivre libre » fut l’une des premières stars mondiales saisies puis déformées par le regard médiatique.
Le documentaire rappelle à quel point Bardot avait pressenti, presque intuitivement, la toxicité de cette exposition permanente, bien avant l’ère des réseaux sociaux.
La réinterprétation de Harley Davidson par Selah Sue apporte une mélancolie moderne, une distance douce-amère : l’insolence originelle de BB n’a pas vieilli et son élan de liberté demeure intact.
Un récit sur la liberté — et son prix
On ressort de BARDOT avec l’étrange impression d’avoir approché une femme qui n’a cessé de fuir tout en cherchant un lieu où être enfin elle-même.
Le film ne cherche ni à la sanctifier ni à la condamner.
Il embrasse sa complexité : artistique, personnelle, parfois politique.
Là où tant de récits réduisent Bardot à une silhouette, celui-ci tente de comprendre ce qu’il en coûte de devenir un symbole malgré soi et d’en payer le prix.
Conclusion
BARDOT n’est pas tant un film sur une star qu’une méditation sur une femme libre, ou tentant de l’être, dans un monde qui pardonne difficilement l’audace, l’indépendance et les failles.
Le mythe demeure, mais la femme réapparaît :lumineuse, indomptable.
Un documentaire nécessaire, qui rappelle que derrière l’icône il y eut surtout une chair, un regard, une solitude, et une volonté farouche de ne ressembler à personne
Sortie le 3 Décembre.
Redaction Cinerama Boulevard
